Il y a un an, personne n'aurait pu tenir ce genre de propos, et puis, il y a eu Fukushima et cette prise de conscience soudaine mais violente que le Japon était passé très, très près d'une phase apocalyptique. Il y a un an, aucun ancien responsable politique Japonais n'aurait osé avouer que le "bloc électronucléaire" (1) était en fait un "village électronucléaire". Il y a un an, aucune personnalité de premier plan n'aurait osé affirmer devant un micro que ce "village" corrompt, soudoie, récompense ou punit et ce, à tous les niveaux.
Un réseau qui est assez puissant pour empêcher le Premier ministre d'un pays de voir clair dans un accident nucléaire (2:59)
Nous vous avons déjà parlé de l'incroyable documentaire que la ZDF, seconde chaîne de télévision publique allemande, a consacré tout récemment à l'accident de Fukushima ; l'équipe du reportage a notamment visité la zone "rouge" en compagnie du directeur de l'une des entreprises sous-traitantes de Tepco sur le chantier du site accidenté. M. Kan apparaît dans ce document en deux occasions pour donner des précisions sur ce que le premier intervenant présente comme le groupe faisant "la pluie et le beau temps" sur la politique énergétique Japonaise.
"L'accident de Fukushima est bien sûr la conséquence du tsunami mais plus encore de l'erreur consistant à ne pas prendre les mesures de sécurité requises" (3:29)
Un réseau qui est assez puissant pour empêcher le Premier ministre d'un pays de voir clair dans un accident nucléaire (2:59)
Nous vous avons déjà parlé de l'incroyable documentaire que la ZDF, seconde chaîne de télévision publique allemande, a consacré tout récemment à l'accident de Fukushima ; l'équipe du reportage a notamment visité la zone "rouge" en compagnie du directeur de l'une des entreprises sous-traitantes de Tepco sur le chantier du site accidenté. M. Kan apparaît dans ce document en deux occasions pour donner des précisions sur ce que le premier intervenant présente comme le groupe faisant "la pluie et le beau temps" sur la politique énergétique Japonaise.
"L'accident de Fukushima est bien sûr la conséquence du tsunami mais plus encore de l'erreur consistant à ne pas prendre les mesures de sécurité requises" (3:29)
"Dans les deux dernières décennies, les déclarations évoquant les dangers du nucléaire ont été effacées" (10:52)
Les personnes, universitaires, scientifiques qui disaient le contraire risquaient de voir leur carrière décliner ; les politiciens recevaient fréquemment des subsides provenant des compagnies d’électricité ; n'importe quelle autorité qui osait évoquer les risques inhérents à l’énergie nucléaire perdait d'un seul coup ces avantages. D'un autre côté, si vous vous situiez nettement en phase avec cette industrie, vous receviez de généreux dons.
"De nombreux secteurs recevaient de telles donations : la culture, le sport et bien sûr les médias" (11:28)
Ces liens très étroits que M. Kan évoque faisaient que, naturellement, les critiques contre le nucléaire ne pouvaient se développer. Ce phénomène n'était par ailleurs pas limité à telle ou telle ville mais se déployait à travers l'ensemble du Japon. En fait, tout le monde était pris au piège du village nucléaire.
Une "générosité" qui ne se limitait pas à un seul parti politique (12:00)
Le "village" arrosait tout le monde, depuis un ancien Premier ministre (3) jusqu'à plusieurs membres du propre parti de M. Kan, le PDJ, arrivé au pouvoir en août 2009. Il est vraisemblable que la fragile majorité dont disposait M. Kan se soit rapidement effritée peu après qu'il ait ouvertement défini sa nouvelle stratégie énergétique fin juillet 2011. (4) M. Kan a ainsi du affronter peu avant sa démission (5) une centaine de parlementaires payés par les opérateurs Japonais.
Des "pantouflages" fréquents de la politique aux opérateurs électriques... et inversement (12:07)
Une autre branche de l'arbre des relations Etat / opérateurs au Japon était réservée aux anciens politiques "amis" en charge du nucléaire ; par exemple le poste de vice-président chez l'opérateur Tepco depuis 1962. Ils étaient appelés les "Amukadari" (6). Certains dirigeants de Tepco ont fait le chemin dans l'autre sens comme Tokio Kano, ancien vice-président exécutif de Tepco qui est devenu parlementaire sous l'étiquette PLD en 1998, date qui a curieusement coïncidé avec un regain des "donations" effectuées par Tepco à ce parti.
Ne tirons pas sur l'ambulance...
M. Kan a été visiblement très effrayé par la situation qu'il a entrevue lors d'un éclair de lucidité et d'indépendance (7) ; l'objectif prioritaire étant de débarrasser le Japon de l’énergie électronucléaire, M. Kan peut aider à atteindre ce but, il dispose manifestement d'un certain nombre d'alliés ; or tous les appuis, toutes les alliances seront nécessaires pour renverser ce village d'irréductibles nucléocrates. Une fois le Japon définitivement débarrassé de ce dragon, l'industrie électronucléaire s'effondrera d'elle-même, écrasée par un dragon qui lui est encore supérieur : le mercantilisme mondial.
Le musée de Tepco accueillera bientôt
les "dinosaures électronucléaires"
(1) Expression reprise notamment par B. Laponche, ex-CEA, qui estime que l'expression "lobby électronucléaire" n'est pas assez explicite
(2) M. Kan évoque probablement la tentative de court-circuit de l'enquête scientifique du MEXT datant du début mars 2011, quelques jours avant la catastrophe
(3) Probablement du parti PLD longtemps au pouvoir (1994 à 2009)
(4) Le célèbre discours : "le nucléaire n'est plus sûr" du 6 août 2011 à Hiroshima
(5) 26 août 2011
(6) Les envoyés du paradis
(7) Il est difficile de croire que M. Kan et son "groupe" au sein du PDJ n'aient jamais profité eux-mêmes des largesses des opérateurs... Si la situation que M. Kan décrit en détail est exacte, il semble que personne ne puisse accéder aux plus hautes responsabilités des partis "de gouvernement" Japonais sans prêter auparavant allégeance au village...
Source :
Die Fukushima-Lüge, documentaire ZDF, allemand, sous-titres anglais, HD ; les interventions de l'ancien Premier sont visibles de 2:42 à 3:38 et de 10:51 à
Sur le même sujet :
M. Kan rassemble une coalition antinucléaire au sein du PDJ, gen4, 29/3
M. Naka a très peur de manquer de personnel qualifié pour intervenir à Fukushima, gen4, 26/3
"Les régles du 'village nucléaire' s'appliquent d'elles-mêmes au sein de la hiérarchie de Tepco", asahi, 8/6/2011, anglais
"Les actions du village nucléaire sur les énergies renouvelables et les tarifs de l'électricité", japanfocus.com, 8/12/11, anglais

Félicitations, cet article est top. Nous le devinions, nous le savions, mais c'est la première fois qu'un fonctionnaire de si haut niveau confirme nos suspicions et révèle comment la pieuvre nucléaire contrôle le pouvoir administratif d'un pays à tous ses niveaux, municipal, préfectoral, régional et national, ainsi que tous les élus politiques politiques et tous les partis de l'horizon politique! Dons, financements, corruptions et même pantoufles!
Avec ce témoignage valide et plus que crédible, c'est le devoir de tout citoyen de combattre pour en finir avec cette pieuvre, à nous de trouver les moyens pour lui couper ventouses et tentacules!
Merci pour ce bel article
[email protected]
Rédigé par : Renard D'un | 03/04/2012 à 00:00
Ps. J'ai traduit ton excellent article;
Naoto Kan: "Everyone is trapped in the web of nuclear village"
By D'un Renard in 福島 FUKUSHIMA 311 WATCHDOGS 福島 ·
From GEN Blog in french Translated by D'un Renard:
https://www.facebook.com/groups/fukushima311watchdogs/doc/214616581975904/
Rédigé par : Renard D'un | 03/04/2012 à 00:03